Persistances rétiniennes...

Des extraits de livres pour, qui sait, donner envie de lire les livres ou auteurs de ceux-ci...

22/06/07

Idées Noires.

Franquin est surtout connu dans le monde de la BD franco-belge pour son personnage de Gaston et bien sûr de nombreux et inoubliables tomes de Spirou et Fantasio, mais pendant une période sombre, il sortit d'un coup deux albums (réunis aujourd'hui en une intégrale chez Fluide Glacial) qui sont autant de baffes dans la tronche d'un pauvre lecteur n'en revenant pas alors d'un humour si noir pour une BD au fond, bien noire.

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Au délà des conventions, Franquin n'hésite pas et s'en prend à tout : chasseurs, pauvres, riches, patrons, ouvriers, vieux, multinationales, vacanciers... Au fond tout le monde y passe (c'est ça qui est jouissif). Et quand on a pas de cible précise, on s'en prend à l'humanité entière qu'on hésite pas a faire disparaître, zigouiller, torturer et autres sévices de fin du monde...


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Surtout, Idées Noires s'avère et reste un Ovni puisqu'avant lui on avait pas vraiment vu ça auparavant et qu'on ne l'a pas vraiment vu non plus après. L'oeuvre s'avère ne prendre aucune pincette et fait donc par là même office de réconfort, choc visuel, exutoire et tout ce qu'on pourra y voir et y mettre... Car si vous avez lu les planches, vous aussi ne pouvez rester indifférents.


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Une oeuvre cynique, ironique, bête et méchante et indispensable.

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Dragonhead

Cela aurait pu commencer comme une histoire banale de voyage scolaire avec des lycéens japonais qui partent dans la province d'a côté pour voir un musée ou on ne sait quoi.

Sauf qu'il n'en sera rien et que tout basculera dans le train quand, entré dans un tunnel celui-ci, il se produit un tremblement violent qui renverse les wagons et provoque un éboulement des deux côtés des issues. A l'intérieur d'un wagon, Teru, un djeunz se réveille dans le noir, les décombres. Il fait de plus en plus chaud, il a du mal a respirer et surtout à voir quelque chose dans le noir. Alors quand il parvient à mettre la main sur quelque chose qui à la forme d'un briquet, il l'allume et...


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Lecture de droite à gauche (sens de lecture japonais). Avant la catastrophe (cliquez pour voir en plus grand)...

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...Pendant (cliquez pour voir en plus grand)...

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...Après. Teru trouve un briquet et...


Dragonhead se place d'emblée comme un manga pour adulte qui évite tout sentimentalisme, toutes situations de quiproquo entre djeunzs ou rien. Du début, l'auteur balaie tout avec violence pour ne garder que trois survivants : Teru, une jeune fille (Aki) et un autre garçon, lui, complètement et sérieusement fêlé, ce qui permet au mangaka de placer en plus du sentiment de peur et claustrophobie, une complète paranoïa envers une situation poisseuse qui empire d'heures en heures.


Mais surtout, ce qui fait la force de Dragonhead, c'est d'aller encore plus loin qu'un simple pitch d'angoisse claustrophobe parce que hormi le train, on s'aperçoit bien après avec horreur que c'est tout le pays qui a sombré dans le chaos le plus total. Bien sûr dès le début, Teru capte dans une radio du train quelques bribes de dialogues étranges dont "état d'urgence" et "fin du monde". Une fin du monde qui semblera hanter le lecteur tout au lond des 10 tomes du récit. Et rien ne sera fait pour le rassurer : bien sûr le passage du train dans les 2 premiers tomes est une géniale entrée en matière mais il faut ensuite compter avec les survivants dans un paysage inhumain : routes craquelées, coulées de boue, pluies noires de cendres, animaux abattus ou morts sur les chemins, presqu'îles inondées et villes entières désertées.


Et la solution ne sera donnée au lecteur que dans le dernier tome de la série dans un Tokyo vide et peuplé de cadavres.

Glaçant.

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(cliquez pour voir en plus grand)

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(cliquez pour voir en plus grand)...

L'autre grande force de la série, outre ses partis-pris (scénaristiques ou graphiques, comme vous le voyez, c'est assez réaliste) et l'absence de clichés, c'est que l'auteur nous balade avec une déconcertante facilité. Vous croyez que le héros c'est Teru ? Faux et c'est là le piège. N'importe qui peut mourir (le pilote devenu ami des deux jeunes par exemple) et certaines rencontres ne sont qu'éphémères...Comme dans la réalité.

Dragonhead est pour moi une oeuvre indispensable. Si vous ne deviez avoir qu'un seul manga, peut-être devriez vous prendre celui-ci.

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19/05/07

Berserk

"A l'aube  du jour de l'Ours, une décade et demie après le jour de la Terre, sept personnes émergèrent difficilement d'entre les rochers, par le même chemin qu'elles avaient emprunté deux lunes plus tôt. Les soldats postés là observèrent avec incrédulité le duc Reyan, fatigué, les yeux vides de toute expression, et Rafa de Griteh, les cheveux brûlés et la face noircie, transporter sur une civière de fortune le roi Arkane de Junine, blessé à la tête et pressant un garrot rouge sur le moignon de son bras gauche (...)."
Paul Grimbert (le secret de Ji)


Il est difficile de parler d'une fresque barbare aussi brutale et majestueuse qu'un Conan le Barbare.
Plus dure et vicieuse que le film de Millius, l'épopée de plus de 30 tomes du manga Berserk pousse et malmène l'univers de la Dark Fantasy à un point de non-retour dans la violence, le sordide pour adultes a travers un haut Moyen-âge plus fidèle que les maigres images d'Epinal qu'on tente toujours vainement de nous imposer. L'époque ne laisse alors aucunement place au sentimentalisme et rares sont ceux qui peuvent jouir d'une digne et heureuse vie s'ils ne sont pas issus de la noblesse.
Pourtant à travers ce manga enveloppé sous plastique à la vente (avec le sympathique autocollant qui donnerait plus d'une fois la peste crétiniste du préjugé a plus d'une mère de famille), tout n'est pas que violence excessive et dépassé le premier aperçu des deux premiers tomes peu intéressants, la lecture devient aussi riche et passionnante que le dessin, bourré a foison de détails formidables (le dessin est magnifique) pour s'imposer comme une oeuvre culte.

Surtout, au délà de son aspect sombre, Berserk est avant tout l'histoire d'une amitié déchue entre deux hommes pourtant inséparables qui se terminera très mal pour laisser place a une haine conflictuelle implacable et démesurée...


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Casca, seule femme au sein d'une troupe de mercenaires.
Au délà, point zéro, solitude de la neige
.

I. Au commencement était la chair.


Dans les 2 premiers tomes, nous découvrons donc les mésaventures sanglantes de Guts surnommé aussi le Guerrier noir de par l'étrange renommée qui court sur lui. Borgne, vêtu de noir, arborant une grande épée de plus de 2 mètres difficilement maniable ainsi qu'un bras artificiel doté d'un canon mais aussi d'une glissière permettant d'aposer une arbalète, Guts malgré ses rares moments d'humanité est une machine a tuer d'une incroyable puissance assez antipathique. Trait froid, violence de l'action, personnage trop mystérieux auquel il est impossible de s'attacher véritablement, les deux premiers tomes rebuteraient même un aveugle tant ils n'apportent rien.

Pourtant dès le 3e tome, Kentaro Miura, balaie presque totalement ce qui était raconté dans les 2 premiers tomes, imposant non seulement un personnage des plus importants ayant perdu toute humanité, caché dans les replis d'une dimension parallèle, l'ancien ami de Guts, Griffith maintenant devenu son pire ennemi. C'est alors l'occasion pour l'auteur d'amorcer pendant plus de 12 tomes un important Flashback où tout sera dévoilé au lecteur : comment Guts s'est lié d'amitié progressivement avec Griffith, Comment a t'il perdu son oeil puis son bras et surtout, comment Griffith a t'il pu devenir un surhomme voué au mal.

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Guts enfant. L'errance et la fuite de la mort dans les champs de bataille ou les poursuites...
(lecture de droite à gauche et haut en bas)

Guts naît in extremis d'une mère pendue dans une ambiance apocalyptique de maladies. L'enfant aurait pu mourir dans la boue mais la volonté de vivre plus forte que tout lui donna la chance de pousser son premier cri près de mercenaires ambulants. Recueuilli par Sis, la jeune compagne de Gambino, le chef de la troupe, ayant perdu son enfant lors d'un accouchement, il n'aura guère d'amour de celle-ci puisqu'elle meurt alors qu'il a 3 ans. Elevé alors à la dure par Gambino sur les champs de bataille comme écuyer, puis progressivement frondeur et manieur d'épée, Guts ne doit sa survie qu'au fait de son audace et de son maniement toujours plus poussé de la lame.

Puis un soir, tout bascule. Guts se fait violer par un mercenaire de la troupe, lequel sera tué à l'arbalète quelques jours après par notre antihéros mais le mal est fait, Guts se repliera toujours plus sur lui-même, ne laissant personne le toucher, pas même les femmes. Sa méfiance envers le genre humain grandira d'autant plus avec le temps qu'il tuera accidentellement son père adoptif a 11 ans avant de s'enfuir, poursuivi par pratiquement toute la troupe, une flèche plantée dans l'omoplate (scan au dessus) et le début d'une longue errance noire et seule...

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Griffith. Jeune, incroyablement beau,intelligent, brillant stratège mais aussi implacable personnage très froid et hautain tout en étant charismatique et puissant...

Guts à 15 ans est devenu un mercenaire indépendant qui s'allie le temps de quelques batailles à des troupes dans l'espoir de toucher un peu plus. Remarqué pendant un fait d'arme, il est abordé par des hommes de Griffith qui veulent le dépouiller, en vain puisqu'ils sont expédiés très rapidement ad pâtres. C'est alors Casca qui s'interpose pour le calmer, tout aussi vainement tant Guts semble maître dans l'épée et au moment où tout semble presque perdu pour elle, Griffith entre en scène et avec une facilité déconcertante blesse Guts.

Mais ne le tue pas.

Ce que Griffith a en tête est d'avoir Guts pour lui, à sa solde, dans sa troupe. Déjà calculateur le Griffith ? On ne peut être sûr tant le personnage semble insaisissable en lui-même. Toujours est il que ça ne fera qu'attiser la colère de Guts qui le reprovoquera en duel...Et reperdra : face au guerrier rageur et bouillonant d'ardeur et de colère, Griffith semble inattaquable et pare à tout ses coups avec une rapidité et une maîtrise sans pareilles pour au final l'emporter et alors décider de faire de lui, non pas son esclave mais son homme de main.

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"Je t'ai eu. Tu es mien désormais...Tu m'appartiens."
(lecture de droite a gauche et haut en bas)

Et lentement entre les deux hommes naîtra une confiance, une amitié profonde, faite de prises d'armes ensemble, secrets et confidences abordées, ce qui rendra rapidement jalouse Casca, seconde du jeune commandant de la troupe du Faucon (la bande de Griffith), laquelle voue une admiration proche de l'amour a Griffith, lequel ne s'en aperçoit pas vraiment, poursuivant son rêve de grandeur de plus en plus loin. Les faits d'armes rapprocheront la troupe de Griffith de la noblesse qui se verra confier des missions de plus en plus importantes jusqu'a l'anoblissement de celle-ci. Il ne resterait plus alors qu'a Griffith qu'a épouser la princesse pour bénéficier alors de son royaume. Ce serait presque trop beau, trop facile en apparence, mais tout semble réussir à l'inattaquable et brillant Griffith.

Tout....ou presque.

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Guts/Casca, au début, des rapports assez...Brutaux. Casca reprochera toujours a Guts d'avoir pris sa place dans le coeur de Griffith...
(lecture de droite a gauche et haut en bas)

II. Plus dure sera la chute.


Parce que face a Griffith, Guts commence a avoir envie de devenir quelqu'un, de prouver que lui aussi peut-être l'égal de celui-ci et a envie de voir autre chose, de parcourir le monde et peut-être vouer son épée a d'autres causes. Prendre du recul loin d'un Griffith fatalement rongé par l'ambition et le pouvoir, lequel ne voit pas d'un bon oeil que quelque chose, qui plus est, son meilleur élèment, lui échappe et veuille voler de ses propres ailes. S'ensuivra un duel que Griffith perdra, le laissant désemparé et interdit dans le début d'un long effondrement psychologique. Par la suite Griffith se rendra dans la chambre de la princesse Charlotte et s'unira a elle sans savoir qu'une servante, interdite, épiera ses ébats et ira alors tout raconter au roi, lequel se mettra alors dans une colère profonde, arrêtera le jeune homme et le fera souffrir pendant plus d'un an de tortures...

Et c'est là, alors que de nombreuses choses sont encore a raconter que j'arrête mon récit.
Pour les curieux que l'histoire a passionnés, j'encourage vivement à lire ce manga gigantesque et passionnant, travaillant aussi bien le fond et la forme. Kentaro Miura, l'auteur se dévouant corps et âme a cette entreprise de titan (30 tomes depuis 15 ans et l'histoire n'est toujours pas finie bien au contraire...J'ajouterais que le rythme et l'intérêt ne baissent pratiquement jamais et que les dessins sont toujours hallucinants de réalisme et beauté) avec un perfectionnisme rare. On est loin d'un manga_banalement commercial comme ici... Il faut dire (et c'est tout à son honneur) que Miura s'est beaucoup documenté sur les armures, épées, mode de vie du Moyen-âge européen pour créer son univers de guerres, gueux de bas étages et autres démonieuseries.

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Casca en pleine action. Cadrages formidables de précision... (lecture de droite a gauche et haut en bas)

Oui parce que le Malin est au centre de Berserk par le biais des Beherits, Apôtres, God hands et autres "hérétiques" peu humains (et peu communs), ce qui n'empêche l'auteur d'échapper à tout manichéïsme avec brio. Il y a des "démons" dans Berserk mais ce ne sont pas non plus des "démons" comme on pourrait se l'imaginer connement, en fait ces monstres inhumains sont des humains ayant pleinement dépassés leur statut d'Hommes et pour celà ont dû faire le choix de perdre toutes émotions, toutes choses qui tenaient à coeur. Ce sont les Apôtres, créatures sous couvert d'une apparence humaine, entretenant une force et une cruauté hallucinante en plus de pouvoirs psychiques qui dépassent l'entendement. Au dessus d'eux, les Gods Hands (Miura avouait s'être inspiré à la fois d'H.R.Giger et des Cénobites crées par le romancier et cinéaste Clive Barker dans Hellraiser...), encore plus inquiétants et semblant tisser les ficelles, retranchés dans un monde parallèle et n'intervenant que lorsqu'un humain est "choisi" pour se transcender et devenir un Apôtre, voire, plus rare, un God Hand (ce que deviendra cruellement Griffith !) par le biais des Beherits, coquillages vivants a face humaines qui ne déclenchent l'ouverture dans le monde parallèle du "choisi" qu' a un moment bien donné....


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Apôtre Rosine. Ne vous fiez pas a son air, elle n'est pas une enfant de choeur...


Dense, violent, beau, sauvage, indompté, passionnant, sensuel (par moments oui) et d'un intérêt peu négligeable, Berserk mérite amplement son statut d'oeuvre culte et manga pour adulte.
Indispensable presque a toute bédéthèque qui se respecte...

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29/04/07

Michael

Michael (de Makoto Kobayashi) est un court manga édité chez nous par Glénat. 3 tomes seulement pour de courtes histoires de gags absurdes et remplis de non-sens quand ça ne vire pas dans le potache ou une pincée de tendresse. Michael, c'est un chat. Un gros chat roux, l'égal de Garfield si vous préférez mais Makoto Yukimura avec son style à mi-chemin entre réalisme et caricature ne s'y est pas trompé : Observant l'animal en lui-même (il doit avoir un chat c'est pas possible), il le retranscrit tout en observant un décalage des plus drôles.
Et passé les 3 tomes de ce manga originaire de 1994, on a qu'une seule envie, c'est d'y revenir.
Car Michael au fond est devenu notre animal de compagnie, un copain qui dort paisiblement sur l'étagère, ronronne par moments.

Voici un extrait d'une des histoires...

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michaeldeu

michaeltroi

michaelquatre

michaelkintre

Par la suite Kobayashi nous livra un manga plus ou moins érotique avec pour titre une chanson de Led Zeppelin (!) et....C'est toujours aussi fendard et bienvenue.

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01/04/07

Azumanga Daioh

Azumanga Daioh est arrivé tardivement dans nos contrées. Sorte de concentré de strips passant dans un journal (leur équivalent du Garfield, ou Calvin et Hobbes qui passent en petits strips quotidiens chez nous dans les journeaux) à l' humour quasi absurde (les fans des Monthy pythons et de manga vont adorer, les autres risquent d' être un peu perdus certes) à mourir de rire. Pour continuer à dépenser ses sous jusqu' au bout, il existe une série animée vendue chez Kaze editions mais je vous conseille largement le manga de base dont j' ai mis quelques planches en cadeau. C' est à lire de droite a gauche (donc ici vous commencez par le strip vertical "j'ai peur").


azumangaouane

azumangadeuuuux

Le manga raconte la vie quotidienne de 6 jeunes lycéenne (au départ elles sont 5, Kagura n' arrivera qu' un an après) dans leur établissement scolaire ainsi que deux de leurs profs (trois en rajoutant Kimura le prof de français limite obsédé sexuel), aussi infantiles qu'elles. Enfin façon de parler puisque dans ces 6 jeunes filles, on a Chiyo la surdouée de 10 ans; Yomi l' élève intello à lunette; Sakaki la plus âgée, véritable femme enfant qui adore les chats, lesquels eux ne l' aime guère; Tomo la chieuse hyperactive et énergique; Kagusa appelée aussi Osaka, car originaire de cette région, tout le monde la prend limite pour une retardé...Un peu comme nous avec les picards --petite pointe ironique personnelle huhu--, enfin Kagura, sorte de clone de Tomo. Comme si déjà avec l'une ce n' était pas suffisant...
Les 4 tomes fournissent l' occasion de voir leurs aventures de la seconde à l' année du bac.

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Assurément une oeuvre fraîche, rigolote, absurde et décalée à découvrir...

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02/01/07

La Mary Celeste...

La mer a toujours fasciné les esprits,suscitant un grand nombre d'histoires colportées par des marins à l'imagination enflamée.L'une d'elles, l'énigme de la mary celeste, contribue largement à entretenir le mythe des vaisseaux fantômes.

Le 5 décembre 1872,le dei gratias, commandé par le capitaine morehouse,se trouve a environ 600 milles au large des côtes portuguaises,lorsqu'il croise un bateau,la mary celeste,qui zigzague curieusement et dont presque toutes les voiles sont carguées.

Un équipage évanoui...

Le batiment ne répondant pas aux signaux,Morehouse le rejoint et demande à trois de ses hommes de monter a bord.Les marins visitent le vaisseau qui se révèle désert et sans canot de sauvetage.Dans les cales ils découvrent 1700 fûts d'alcool et des vivres pour au moins 6 mois.
Le bateau est en bon étât,malgré une grosse quantité d'eau dans l'entrepont et les cales.En revanche, le sextant, le chronomètre et les livres de navigation ont disparu.Le journal de bord s'arrête au 25 novembre, ce qui laisse à penser que le vaisseau a dérivé seul pendant plus de 15 jours et parcouru environ 500 milles.
D'autres surprises attendent les marins,notamment le fait que les 6 fenêtres des logements de l'arrière sont condamnés par de la toile et des planches.L'équipage semble avoir quitté précipitamment le vaisseau sans raison évidente,pour disparaître a jamais.

une enquête difficile...

La Mary Celeste est ramenée au port de Gibraltar et examinée par les autorités judiciaires.Les résultats se révèlent décevants,à l'exception faite d'une entaille récente longue de 2 mètres,située au dessus de la ligne de flottaison.Des traces rougeâtres sont relevées sur le bastinguage mais des expertises ultérieures prouvent qu'il ne s'agit,en fait,que de rouille.
L'hypothèse du procureur général Solly Flood est que l'équipage de la Mary Celeste s'est enivré et a assassiné le capitaine ,un certain Briggs,ainsi que sa femme,sa petite fille et le lieutenant.Les marins auraient ensuite endommagé le vaisseau pour donner l'illusion d'avoir été contraints de l'abandonner après avoir heurté des rochers; puis ils seraient partis sur les canots de sauvetage.
Mais comme aucune trace de violence ne peut être constatée,cette explication ne convainc pas tout le monde.
Selon le lieutenant Deveau du Dei Gratias,les marins, éffrayés par la grande quantité d'eau ayant envahi les cales on ne sait pour quelle raison,auraient abandonnées le vaisseau pensant qu'il était perdu.
Pour lui l'équipage est probablement mort en mer.
Sitôt connu,le mystère de la Mary Celeste fait la une des journeaux dans le monde entier ; par la suite, l'enquête n'étant pas parvenue à résoudre l'égnigme,les magasines demandent à des auteurs de concevoir une explication.

Des réponses romanesques...

Conan Doyle et H.G.Wells répondent à l'appel.Les années passant,les solutions les plus diverses sont proposées : île volcanique qui aurait soulevé momentanément le vaisseau, attaque d'un poulpe géant,folie collective,empoisonnement, et même intervention d'extraterrestres !
Un journaliste du nom de William Klein imagine, quant à lui, une escroquerie montée par Morehouse et Briggs pour toucher et se partager la prime de sauvetage.Mais une telle mise en scène suppose beaucoup d'éfforts pour un résultat somme toute modeste,l'équipage du dei gratias n'ayant reçu, à titre de prime de sauvetage,que 8528 dollars,soit le 5eme de la valeur de la cargaison.
La légende ne cesse cepandant de s'embellir et certains élements merveilleux sont ajoutés après coup, comme la prétendue découverte dans la cuisine de la Mary Celeste d'un poulet encore chaud et de tasses de thé fumantes,accessoires qui accentuent le caractère mystérieux du cas.
En 1885, la Mary Celeste s'échoue une dernière fois,emportant à jamais son secret qui demeure un des plus célèbres de l'histoire de la mer.


Extrait des "Grandes énigmes de l'humanité".

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17/09/06

Destins Tordus - Woody Allen

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Un livre de l'ami Woody Allen où l'on retrouve le style du réalisateur entre humour, réflexions philosophiques désabusées sur la vie et d'autres petits sujets chers à Woody tel que les femmes et l'adultère. Bref pour les habitués du Woody, on est en terrain connu, les autres passeront néanmoins un bon moment. Je met l'intégralité d'une des 16 nouvelles qui compose ce recueuil, enjoy !



In Memoriam.

Un mois déjà s'est écoulé, et j'ai toujours du mal à croire que Sandor Needleman est mort. J'ai pourtant assisté a sa crémation; à la demande de son fils, j'avais même apporté les saucisses, mais nous ne pensions qu'a notre douleur.

Needleman avait constamment été obsédé par ses funérailles. Il m'avait déclaré un jour : "Je préfère l'incinération à l'enterrement, et les deux à un week-end avec ma femme." Il finit par choisir la crémation et fit don de ses cendres à l'université de Heidelberg, qui les dispersa aux quatre points cardinaux, puis engagea l'urne au mont-de-piété.

Il me semble le voir encore, avec son costume froissé et son sweater gris. La tête remplie de sujets fondamentaux, il oubliait fréquemment d'ôter le cintre avant d'enfiler son veston. Comme je lui rappelais cette distraction un jour, lors d'une remise de diplômes à Princeton, il sourit tranquillement et dit : "Très bien. Laissons croire à mes contradicteurs qu' au moins j'ai les épaules larges." Deux jours plus tard, il fut interné à Bellevue pour avoir tressailli pendant un colloque avec Stravinsky.

Needleman souffrit toujours de l'incompréhension. On prenait sa réserve pour de la froideur, mais il avait en lui des trésors de compassion; un jour, après avoir assisté à une catastrophe minière particulièrement épouvantable, il fut incapable d'achever une deuxième portion de gaufres. Son mutisme, de même, déroutait ses interlocuteurs, mais il considérait la parole comme une méthode de communication défectueuse et préférait tenir ses conversations les plus intimes par le truchement de l'alphabet morse.

Quand il fut congédié de sa chaire à l'université Columbia à la suite de sa polémique avec le directeur de l'établissement, qui était à l'époque Dwight Eisenhower, il attendit à la porte le célèbre ex-général avec une tapette et le battit jusqu'à ce qu'Eisenhower coure se réfugier dans un magasin de jouets. (Les deux hommes s'étaient violemment opposés en public au sujet de la cloche qui sonnait entre deux heures de cours. Pour l'un, elle signifiait la fin d'un cours, pour l'autre le commancement du cours suivant.)

Needleman avait toujours eu l'espoir d'une mort paisible. "Parmi mes livres et mes papiers, comme mon frère Johann." (Le frère de Needleman était mort d'étouffement dans un tiroir de son bureau tandis qu'il cherchait son dictionnaire de rimes.)

Qui eût pu penser que Needleman, alors qu'il regardait tranquillement la démolition d'un immeuble pendant son heure de déjeuner, serait frappé sur la tête par la flèche d'une grue ? Le coup fut inattendu et Needleman expira avec un grand sourire. Ses dernière paroles, ô combien égnigmatiques, furent : "Non, merci, pas de pingouin, j'en ai déjà un."

Au moment de son trépas, Needleman travaillait, comme toujours, sur plusieurs choses. Il élaborait une éthique ayant pour base sa théorie selon laquelle "un comportement bon et honnête n'est pas seulement moral, mais peut également être pratiqué par téléphone". Il avait aussi écrit à moitié une nouvelle théorie de sémantique démontrant (il insistait beaucoup sur ce point) que la parole est innée mais que le gémissement est acquis. Il mettait enfin la dernière main à un nouveau livre sur l'Holocauste. En édition expurgée. Needleman avait toujours été obsédé par le problème du mal, et démontrait avec une réelle force de conviction que le véritable mal n'était possible que s'il était perpetré par un nommé Blackie ou Pete. On se souvient que son propre flirt avec le national-socialisme avait fait scandale dans les milieux intellectuels, bien que, malgré tous ses efforts, il n'ait jamais réussi à maîtriser le pas de l'oie.

Le nazisme n'avait été pour lui qu'une simple réaction contre la philosophie académique, une position paradoxale adoptée principalement pour enquiquinner ses amis. Après quoi, il leur chatouillait le visage avec une feinte excitation et s'écriait : "Ah, ah ! Poisson d'avril !" Bien sûr, il est facile de critiquer sa prise de position sur Hitler de prime d'abord, mais il faut tenir compte de ses propres écrits philosophiques. Il avait réfuté l'ontologie contemporaine et affirmait que l'être humain avait précédé l'Infini, même s'il n'était pas encore muni de toutes les options. Il faisait une différence essentielle entre l'existence et l'Existence, certain que l'une était préférable à l'autre, mais sans jamais se rappeler laquelle. Pour Needleman, le libre arbitre consistait à avoir conscience de l'absurdité de la vie. "Dieu reste muet, se plaisait-il à dire, si seulement nous pouvions convaincre l'homme d'en faire autant."

L'Existence véritable, selon Needleman, ne pouvait se pratiquer que pendant le week-end, et nécessitait l'emploi d'une automobile. L'homme, d'après Needleman, n'était pas une "chose" extérieure à la nature, mais en faisait étroitement partie, etne pouvait observer sa propre existence, à moins de ne feindre d'abord l'indifférence, puis de courir le plus vite possible à l'autre extrêmité de la pièce dans l'espoir de s'apercevoir par surprise.

Pour qualifier l'évolution de l'espèce humaine, il utilisait l'expression Angst Zeit, qui signifie en traduction libre "temps d'anxiété" et suggérait que l'homme était une créature prédestinée à exister dans son époque, même si ce n'est pas là qu'on rigolait le plus. Après mûre réflexion, l'intégrité intellectuelle de Needleman le convainquit qu'il n'existait pas, que ses amis n'existaient pas, et que la seule chose qui fût bien réelle était son découvert de six millions de marks à la banque. De là vint son admiration pour la théorie National-socialiste du pouvoir, car, ainsi qu'il le disait : "J'ai pour ces chemises brunes le regard de Chimène."
Quand il lui apparut clair que le national-socialisme était exactement le genre de menaces qu'il réprouvait, il quitta Berlin. Camouflé en buisson d'aubépine et se déplaçant en crabe, trois pas rapides à la fois, il réussit à franchir la frontière sans attirer l'attention.

Needleman sillona alors l'Europe, et partout où il allait, étudiants et intellectuels, impressionnés par sa réputation, lui venaient en aide. Sur sa lancée, il trouva le temps de publier
Temps, essence et réalité (Réévaluations systématique du néant) et son délicieux traité Les Meilleurs Endroits où manger pas cher en exil. Chaïm Weizmann et Martin Buber entamèrent une collecte et firent signer des pétitions pour permettre à Needleman d'émigrer aux Etats-Unis, mais l'hotel qu'il avait choisi était complet. Quand les soldats allemands se rapprochèrent de sa cachette à Prague, Needleman se résigna finalement à gagner l'Amérique, mais un incident se produisit à l'aéroport, en raison de son excédent de bagages. Abert Einstein qui prenait le même avion, lui expliqua que s'il ôtait les embouchoirs de ses chaussures, il pourrait marcher plus commodément. A dater de ce jour, les deux hommes correspondirent fréquemment. Un jour, Einstein lui écrivit : "Vos travaux et les miens sont tout à fait similaires, bien que je ne les connaisse pas avec exactitude."

Une fois en Amérique, Needleman redevint u objet de controverse. Il publia d'abord son fameux
Que faire si le non-être vous attaque subitement ? puis son oeuvre classique sur la philosophie linguistique L'essence n'est pas essentielle pour fonctionner, qui fut portée à l'écran sous le titre Trente Secondes sur Tokyo.

Comme il se doit, on lui demanda de démissionner d'Harvard après son affiliation au Parti Communiste. Il avait la conviction que seul un système social sans inégalités économiques pouvait apporter une liberté réelle, et citait la fourmillière en exemple de société modèle. Il pouvait observer les fourmis pendant des heures, puis déclarer pensivement : "Elles sont réellement en harmonie. Si seulement leurs femelles étaient plus jolies, il n'y aurait rien à redire." Quand Needleman fut convoqué devant la Commission des activités antiaméricaines, il dénonça de nombreuses personnes, puis se justifia auprès de ses amis en citant sa propre philosophie : "Les activités politiques n'ont pas de conséquences morales, mais existent hors du domaine de l'Existence réelle." Pour une fois, la communauté universitaire resta sur une position défensive, et peu de temps après, la faculté de Princeton décida que Needleman serait roulé dans le goudron et la plume. Incidemment, Needleman utilisa le même raisonnement pour justifier sa conception de l'amour libre, mais les deux jeunes étudiantes refusèrent de collaborer, et l'une d'elles, celle qui venait d'avoir seize ans, le dénonça.

Needleman se passionna alors pour l'arrêt des expériences nucléaires et fila à Los Alamos, où lui et une bande d'étudiants refusèrent de quitter l'emplacement prévu pour une explosion atomique. Alors que le compte à rebours se déroulait, et qu'il devenait évident que l'expérience aurait quand même lieu on entendit Needleman murmurer "oh, oh" puis il se mit à courir comme un dératé. Les journeaux s'abstinrent de révéler qu'il n'avait rien mangé de la journée.

Tout le monde se rappelle le Needleman homme public : brillant, célèbre, auteur du
traité du Dandysme. Mais c'est le Needleman secret que j'évoque toujours avec émotion, le Sandor Needleman qu'on ne voyait jamais sans son chapeau favori. Par le fait, il fut incinéré avec son chapeau sur la tête, événement sans précédent d'après moi. Ou encore le Needleman qui aimait si passionnément les films de Walt Disney, et qui, malgré les explications techniques que lui avait fournies Max Planck sur le dessin animé, essaya très longtemps d'obtenir personnellement Minnie Mouse au téléphone.

Il arrivait que Needleman séjournât chez moi. Sachant qu'il affectionnait une marque particulière de thon en boîte, j'en remplis le garde-manger à son intention. Il était bien trop timide pour admettre en ma présence cette petite faiblesse, mais un jour, se croyant seul, il ouvrit toutes les boîtes et murmura rêveusement : "Vous êtes tous mes enfants."

Alors que nous étions à l'opéra de Milan avec ma fille, Needleman, à force de se pencher sur le bord de la loge, tomba dans la fosse d'orchestre. Trop fier pour admettre qu'il s'agissait d'une maladresse, il assista à toutes les représentation pendant un mois, rééditant sa chute chaque fois. Mais bientôt il souffrit d'une légère commotion cérébrale. Je lui fis remarquer qu'il pouvait cesser de tomber, ayant largement fait la preuve de son point de vue. Il répondit : "Non. Encore un peu. Ce n'est pas si terrible."

Je me rappelle le soixante-dixième anniversaire de Needleman. Sa femme lui avait offert un pyjama. Needleman ne cacha pas sa déception, ayant espéré une nouvelle Mercedes. Cepandant, et c'est typique de l'homme, il se retira dans son cabinet de travail pour s'y livrer en privé à sa crise de nerfs. Il rejoignit la réception dans une humeur excellente, et porta son pyjama pour la première de deux courtes pièces d' Arrabal.


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14/09/06

L'Ecume des Jours - Boris Vian

Colin terminait sa toilette. Il s'était enveloppé, au sortir du bain, d'une ample serviette de tissu bouclé dont seuls ses jambes et son torse dépassaient. Il prit à l'étagère de verre, le vaporisateur et pulvérisa l'huile fluide et odorante sur ses cheveux clairs. Son peigne d'ambre divisa la masse soyeuse en longs filets orange pareils aux sillons que le gai laboureur trace à l'aide d'une fourchette dans de la confiture d'abricots. Colin reposa le peigne et, s'armant du coupe-ongles, tailla en biseau les coins de ses paupières mates, pour donner du mystère à son regard. Il devait recommencer souvent, car elles repoussaient vite. Il alluma le petite lampe du miroir grossissant et s'en approcha pour vérifier l'état de son épiderme. Quelques comédons saillaient aux alentours des ailes du nez. En se voyant si laids dans le miroir grossissant, ils rentrèrent prestement sous la peau et, satisfait, Colin éteignit la lampe. Il détacha la serviette qui lui ceignait les reins et passa l'un des coins entre ses doigts de pied pour absorber les dernières gouttes d'humidité. Dans la glace, on pouvait voir à qui il ressemblait, le blond qui joue le rôle de Slim dans Hollywood Canteen. Sa tête était ronde, ses oreilles petites, son nez droit, son teint doré. Il souriait souvent d'un sourire de bébé, et, à force, cela lui avait fait venir une fossette au menton. Il était assez grand, mince avec de longues jambes, et très gentil. Le nom de Colin lui convenait à peu près. Il était presque toujours de bonne humeur, et le reste du temps il dormait.

Il vida son bain en perçant un trou dans le fond de la baignoire. Le sol de la salle de bains, dallé de grès cérame jaune clair, était en pente et orientait l'eau vers un orifice situé juste au-dessus du bureau du locataire de l'étage inférieur. Depuis peu, sans prévenir Colin, celui-ci avait changé son bureau de place. Maintenant, l'eau tombait sur son garde-manger.

Il glissa ses pieds dans des sandales de cuir de roussette et revêtit un élégant costume d'intérieur, pantalon de velours à côtes vert d'eau très profonde et veston de calmande noisette. Il accrocha la serviette au séchoir, posa le tapis de bain sur le bord de la baignoire et le saupoudra de gros sel afin qu'il dégorgeât toute l'eau contenue. Le tapis se mit à baver en faisant des grappes de petites bulles savonneuses.

Il sortit de la salle de bains et se dirigea vers la cuisine, afin de surveiller les derniers préparatifs du repas. Comme tous les lundis soir, Chick venait dîner, il habitait tout près. Ce n'était encore que samedi, mais Colin se sentait l'envie de voir Chick et de lui faire goûter le menu élaboré avec une joie sereine par Nicolas, son dernier cuisinier. Chick, comme lui célibataire, avait le même âge que Colin, vingt-deux ans, et des goûts littéraires comme lui, mais moins d'argent. Colin possédait une fortune suffisante pour vivre convenablement sans travailler pour les autres. Chick, lui, devait aller tous les huit jours au ministère, voir son oncle et lui emprunter de l'argent, car son métier d'ingénieur ne lui rapportait pas de quoi se maintenir au niveau des ouvriers qu'il commandait, et c'était difficile de commander à des gens mieux habillés et mieux nourris que soi-même. Colin l'aidait de son mieux en l'invitant à dîner toutes les fois qu'il le pouvait, mais l'orgueil de Chick l'obligeait d'être prudent, et de ne pas montrer, par des faveurs trop fréquentes, qu'il entendait lui venir en aide.

Le couloir de la cuisine était clair, vitré des deux côtés, et un soleil brillait de chaque côté, car Colin aimait la lumière. Il y avait des robinets de laiton soigneusement astiqués, un peu partout. Les jeux des soleils sur les robinets produisaient des effets féeriques. Les souris de la cuisine aimaient danser au son des chocs des rayons de soleil sur les robinets, et couraient après les petites boules que formaient les rayons en achevant de se pulvériser sur le sol, comme des jets de mercure jaune. Colin caressa une des souris en passant, elle avait de très longues moustaches noires, elle était grise et mince et lustrée à miracle. Le cuisinier les nourrissait très bien sans les laisser grossir trop. Les souris ne faisaient pas de bruit dans la journée et jouaient seulement dans le couloir.

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12/09/06

Le syndrome Godzilla - Farice Colin

Elements additionnels

J'essaye d'en apprendre plus sur le dénommé Godzilla. Certains types de ma classe semblent l'avoir déjà vu, une fille hoche la tête à son évocation, mais personne ne peut donner de détails concrets.
Mes informations se résument à une courte liste :

Godzilla est arrivé en même temps que moi (possible)
Godzilla n'est pas "populaire" (I'm the party star / I'm popular / I've got my own car / I'll never get caught / I'm popular, etc.)
Godzilla est transparent, amorphe, foncièrement inoffensif, du moins n'a-t-il jamais fait de mal à personne, enfin, ça dépend ce qu'on appelle faire du mal, disons que les preuves sont minces, que la présomption d'innoncence est préservée.
Godzilla est jeune (supposition)
Godzilla est cinglé
Godzilla est riche (supposition)
Godzilla ne parle pas, ne bouge pas
Godzilla possède une villa sur la colline face à la mer (mon fantasme)
Godzilla vit seul : une certitude

Je sais que je n'apprendrais rien de plus, pas ici, pas de cette façon? Ce soir-là en descendant du car, je devrai tenter ma chance, encore.

Jeudi

Les deux types de ma classe qui sont descendus en même temps que moi et qui m'ont proposé de réviser chez l'un d'eux le devoir de maths du lendemain en sont pour leurs frais. Désolé, je dis. J'ai une course à faire.
Ils me regardent comme si j'arrivais directement de Mars. Bon, ben à demain - et je les plante là, traversant l'avenue.
Je m'assieds sur le banc et pose mon sac à mes pieds.
-Je m'appelle Daniel.
Nada.
-Je suis désolé pour hier. J'ai été chiant avec mes questions. J'aime pas trop qu'on traite mes mangas comme ça, vous comprenez? Je les ais fait venir du Japon, ça coûte un pâquet de fric ces machins.
Silence.
-J'ai été voir les sites Godzilla. Il en existe une multitude. Je ne pensais pas que ça passionnait autant de gens.
-Qu'en as-tu conclu?
Je sursaute en entendant sa voix. Je passe ma langue sur mes lèvres.
-Que... Qu'il doit y avoir là-dedans quelque chose qu'on ne voit pas au premeir abord.
-Quelle pertinence.
Sur mon visage, l'haleine salée du large ; je me mets, moi aussi, à fixer l'océan.
-J'ai envie de vous connaîte, je dis.
-Je comprends.
-J'ai l'impression que vous le faites exprès. Ce sachet sur votre tête, votre immobilité, cette façon que vous avez de ne pas répondre aux questions.
-Tu es la première personne à m'en poser.
-C'est parce que les gens sont débiles.
-Ce n'est pas aussi simple.
J'ouvre mon sac, en sors une barre chocolatée.
-Vous en voulez?
-Non merci.
-Vous ne mangez jamais?
-Non.
-Pourquoi?
-Pas faim.
Je l'observe de la tête aux pieds. Jusqu'à présent, j'avais surtout regardé la tête -enfin, ce qui en faisait office. Maintenant que je le détaille, je me rends compte à quel point il est maigre. Presque squelettique.
Il porte un jean serré noir et une chemise à col serré, noire elle aussi. Il ne frissonne pas, malgré les bourrasques. Ses mains sont des mains de pianiste : délicates et nerveuses. Les veines ressortent en un fragile réseau bleu nuit.
-Vous habitez seul?
Il ne daigne pas répondre. Pourtant, j'ai l'impression que la donne a changé par rapport à hier. Il n'est plus en colère.
-Faut me dire s'il y a des sujets tabous.
-Les questions, tu devrais te les poser à toi-même.
-Hein?
-Mon régime alimentaire. Où j'habite. Tu demande ça pour parler, pour établir un contact et c'est fort aimable de ta part. Mais où crois-tu que ça te mènera?
Je ne saisi pas très bien où il veut en venir.
-Pourquoi te ne me questionnes pas sur ce qui t'intéresse vraiment?
-Parce que je l'ai déjà fait? Je vous ais demandé pourquoi vous gardiez ce sachet sur votre tête.
-Ce n'est pas ce que tu veux savoir.
-Non?
-Non : ce qui t'intéresse, c'est à quoi je ressemble.
-C'est sans doute vrai.
-C'est certain. Et je t'ais déjà répondu. Je suis Godzilla. Je suis un monstre. Je fais peur aux gens, cest mon job.
-Vous ne me faites pas peur.
-Tu n'es pas les gens.
Je mords dans ma barre chocolatée.
-OK, je dis, j'ai compris. Racontez-moi. J'ai envie de savoir pourquoi vous faites peur.
-Oh, oh.
-Je ne plaisante pas.
-ça risque de te mener assez loin, Daniel.
Je frémis en l'entendant prononcer mon prénom. J'engloutis le reste de ma barre et je froisse le papier.
-Comment ça?
-Les histoires de monstres, ça fait rire tout le monde au cinéma. Mais dans les faits ça n'a rien de drôle. La vie de Godzilla n'a rien de drôle. Si les gens pensaient à ce que ça signifie vraiment une vie pareille, ils se trouveraient vite confrontés à leurs angoisses secrètes, leurs doutes, leurs échecs par millions. Le monde dans lequel ils vivent, ils le verraient tel qu'il est. Personne n'aime ça.
-Je...
-Il y a une règle, souffle-t-il. Une règle unique. Tu ne parle pas, tu ne pose pas de questions. Tu es au cinéma : discrétion dans les rangs.
-Entendu.
-Tout ce que tu dois savoir est dans le film. N'essaie pas d'apprendre des secrets sur moi, ce que les gens disent - ne leur demande pas ce qu'ils savent : je suis le narrateur premier.
-Je...
-ça ne se discute pas. Si ça ne te plaît pas, le film s'arrête là.
-Compris.
-Bien.
Il retombe dans son mutisme. Je vois sa main gauche trembler. Ou bien je l'imagine, ça aussi?
Pour aujourd'hui, l'entretien est terminé.
-Je suis trop fatigué, dit Godzilla.
Je remballe mes petites affaires.
-Demain même heure?

Un rêve

Je suis à Tokyo.
J'habite un immeuble isolé, en périphérie, face à un parc, une pelouse, un toboggan, un manège. Il y a des jouets cassés éparpillés dans l'hebre. Il y a des traces de brûlure sur le gazon. Je me retourne. Notre immeuble fait cent étages, mille peut-être.
Je dis "notre" mais je ne sais pas qui est "nous". Je n'ai pas de famille. Mon père est au travail, très loin ; ma mère a disparu. Je suis venu seul ici, ou alors avec des fantômes, des gens qui passent, qui portent des plats de nouilles sautées, des caisses d'ordinateurs en pièces détachées.
Il y a quelqu'un sous notre immeuble. Il y a quelqu'un à l'intérieur de notre immeuble. Au sommet, juste au-dessus de mon balcon, palpite un gigantesque oeil verdâtre.
Godzilla : cahé, derrière, à l'intérieur, en surimpression.
Il attend.
Bientôt je le sais, des msontres vont venir. ils auront trois têtes, ils seront métalliques, ils arriveront de l'espace, ce seront des insectes, des oiseaux difformes, des être sortis de la mer. Ils seront là pour se battre.
Les gens s'enfuiront, courront se réfugier dans des abris atomiques mais ils trouveront les portes fermées, ils perdront leurs clés dans des bouches d'égout. Ils agiteront des pistolets déchargés, il y aura des lance-roquettes usés, des batteries de mitrailleuses sans munition, des chars immobiles. Ils crieront, ils étreindront leurs enfants, ils se serreront les uns contre les autres et ce sera trop tard.
Sur les façades du centre-ville, des enseignes clignoteront, figurant des scores de jeux vidéos, des chiffres frénétiques, des comptes à rebours digitaux. On entendra des rugissements. La terre se mettra à vibrer. Les océans se soulèveront. Des éclairs tailaderont l'azur, une vague se soulèvera au-dessus de Tokyo, six cents mètres.
C'est ce que je pense, c'est ce que je pressens.
Mais je sais aussi que tout ceci n'arrivera que si je le veux bien. Je sais que je peux vaporiser les ennemis d'un claquement de doigts. Je sais que Godzilla peut n'être qu'un gros lézard inoffensif, qu'un monstre pacifique.
Le ciel est orange. Le ciel est violet. Les avions filent sous les cirrus.
Je me précipite dans le hall d'entrée. L'ascenceur est un panne. Je prends l'escalier. Je monte les marches autre à quatre. Au troisième étage, je suis déjà essoufflés. Je continue. Mes poumons sont en feu. Je crache des flammes. Des voisins m'observent, étonnés.
Je vole presque.
J'ai des pouvoirs. Je fais ce que je veux.
Je souffre mais ça en vaut la peine : je me sens puissant : invincible.
Je comprends soudain (une pensée qui me semblera aberrante au réveil, et dont je peinerai en vain à retrouver le sens profond) que pour devenir le plus fort, pour faire peur aux gens, pour que les gens vous respectent & vous vénèrent & vous fuient, il faut avoir beaucoup souffert, être parti sur des chemins brûlants - être revenu.
J4arrive au centième étage.
Je défonce la porte. Je n'ai pas de père ; ma mère n'est plus là.
Je rentre dans ma chambre. Tout est dévasté comme après une tempête.
Je m'assieds sur mon lit. J'attends que le monde s'écroule. Je regarde ma montre. "Père, ne vois-tu pas que je brûle?" Comprenez ça : le rêves est construit pour éviter de se réveiller mais, dans le rêve, ce que le rêveur rencontre est si réel qu'il se réveille. Ma montre sonne et son bip-bip horripilant se confond avec celui de mon réveil digital, qui me sort du sommeil pour de bon.

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04/08/06

Musophobie

Musophobie


Belles journées, souris du temps,

Vous rongez peu à peu ma vie.
Dieu ! Je vais avoir vingt-huit ans
Et mal vécus, à mon envie.

Guillaume Apollinaire, « Le Bestiaire »


Les vacances de la Toussaint étaient enfin arrivées. Marc attendait ce jour avec impatience : il était directeur commercial dans une entreprise mondialement connue, et son travail était très prenant et très dur. Il allait enfin pouvoir partir avec sa femme Muriel et ses deux enfants Sandra et Jules, à la vieille maison de campagne, perdue au fin fond de l’Auvergne, qu’il avait achetée quelques mois auparavant. Ils partirent le vendredi, pensant éviter le trafic sur les autoroutes. Mais le voyage parut durer une éternité pour Marc, entre les embouteillages, les grésillements de la radio et les cris de ses enfants à l’arrière de la voiture. Au fil des kilomètres, il se sentait de plus en plus nerveux. Sa femme était dans le même état que lui.

Ils s’arrêtèrent sur une aire d’autoroute, pour dîner dans un sinistre « self-service », au milieu d’autres familles tout aussi fatiguées. Les couverts, les assiettes, les verres étaient sales. Ce voyage commence bien, pensa Marc. Ils repartirent une demi-heure plus tard. La circulation était beaucoup plus fluide. Le paysage était sublime, composé de montagnes baignées par une lumière d’un rouge resplendissant provenant du coucher du soleil.

Et la nuit tomba. Il restait encore une cinquantaine de kilomètres. Marc prit la sortie de l’autoroute, et s’engagea dans la campagne au beau milieu de la nuit. Ses enfants dormaient déjà quand Muriel, à son grand étonnement, s’assoupit à son tour. Lui aussi commençait à ressentir la fatigue. Ce n’était pas très prudent de conduire encore, mais il était presque arrivé.

Il ne trouvait pas la maison… Il avait beau chercher, il ne se souvenait plus du tout où elle se trouvait. Il était à présent minuit. Les minutes passaient… Toutes les routes, tous les chemins se ressemblaient. Il reconnut un sentier, espérant que ce serait enfin celui donnant accès à leur maison de campagne. Et c’était bien cela, même si, en approchant de la sombre bâtisse, un sentiment de malaise s’empara de lui : il ne reconnaissait pas du tout la maison ; c’était la première fois qu’il y retournait depuis qu’il l’avait achetée, et cette fois-là, il faisait grand jour… Il gara la voiture, en réprimant difficilement un gigantesque bâillement. Il réveilla sa femme, puis ses enfants, et ils partirent tous quatre vers la maison. Il dit à sa femme qu’il prendrait les valises plus tard, après avoir couché les enfants qui étaient maintenant bien réveillés, mais accablés de fatigue et très grognons. La maison était plongée dans le noir le plus profond. Marc appuya sur l’interrupteur pour allumer la lumière… en vain. Le compteur électrique ne devait pas être enclenché. Evidemment, il n’avait pas songé à emporter une lampe électrique, et il lui faudrait maintenant se frayer un chemin vers la cave, au risque de se heurter à tous les recoins de cette maison presque inconnue. A la faible lueur de son briquet, il progressa lentement dans l’ombre un peu inquiétante. La réserve de gaz s’épuisait alors qu’il était encore en plein milieu de l’escalier de la cave.

Alors qu’il s’approchait prudemment du compteur électrique, il se cogna la jambe droite contre une chaise, laissée en travers de la pièce, et fit tomber son briquet qui glissa sous une vieille armoire d’époque. Il grogna, se pencha, et faufila son bras pour essayer de le récupérer. Tout au fond, du bout de l’index, il sentit effectivement quelque chose dépasser du sol froid. Clac ! Il laissa échapper un cri de douleur : l’objet inconnu lui avait cruellement pincé le doigt. Marc se redressa violemment, fut pris d’un vertige, et manqua heurter sa femme, qui venait le rejoindre à la lueur d’une bougie. Il baissa le regard vers sa main douloureuse : y pendait encore, l’ongle pris dans la mâchoire rouillée, un vieux piège à souris.

- Que se passe-t-il, Maman ? demanda leur fille Sandra, qui, luttant pour garder les yeux ouverts, avait entendu le cri de son père.
- Rien, ma chérie, ton père s’est un peu fait mal, lui répondit sa mère. Va dans ta chambre et va dormir.
La petite fille partit sans attendre, tandis que son père gémissait. Muriel l’observait et lui dit :
- N’en rajoutes-tu pas un petit peu, chéri ? Ce n’est qu’un piège à souris, je ne pense pas que tu aies très mal…, si ?
- Comme tu l’as si bien dit, c’est un « piège à souris », lui fit remarquer sèchement Marc.
- Je suis désolée, j’avais oublié pendant un instant. Allons dormir, demain, on a une journée « ménage » !
Leur chambre était au premier étage, ils montèrent et Muriel se coucha immédiatement. Marc poussa doucement la porte de la chambre des enfants et put observer qu’ils dormaient paisiblement. Il leur fit un baiser à chacun sur la joue. Il ferma la porte, et repartit en direction de sa chambre. Il eut soudain la vague impression d’un mouvement fugitif, au ras du parquet, dans un coin obscur du couloir. Le rythme de son cœur accéléra et il rejoignit sa femme sans attendre. Il se dit que sous l’effet de la fatigue, son imagination lui jouait des tours. Mais au fond de lui, une terrible angoisse commença de monter…

Il fit des cauchemars toute la nuit. Il était coincé dans un piège pendant que des souris le grignotaient petit à petit tel un morceau de fromage. Il se réveilla brusquement vers dix heures du matin ; Muriel était déjà levée, elle préparait le café pour Marc et le petit-déjeuner pour les deux enfants. Marc embrassa sa femme et demanda :
- Où sont les enfants ? Ils dorment encore ?
- Non, ils sont en train de regarder des dessins animés à la télévision.
- Ok… Tu as bien dormi ?
- Oui, le lit est confortable… et toi ?
- J’ai fait des cauchemars toute la nuit.
Il se leva et ouvrit le réfrigérateur. Il était complètement vide.
- Que va-t-on manger ? Il n’y a rien là-dedans !
- Je vais faire des sandwiches au fromage avec les restes d’hier pour le déjeuner, et puis on ira ensemble faire les courses cet après-midi.
Marc se leva, prit le journal et commença à lire. Cinq minutes plus tard, il réalisa qu’il n’avait même pas dit bonjour à ses enfants. Il se rendit au salon et les vit allongés sur le canapé.
- Eh bien, vous voilà déjà couchés, alors que vous venez de sortir du lit ! dit Marc en rigolant.
Il les embrassa, s’assit sur une chaise juste à côté du canapé, et observa ses enfants, fascinés par l’écran. Il leur demanda quel était le dessin animé qu’ils regardaient. Jules, qui avait deux ans et demi, lui répondit en bafouillant que c’était « Tom et Jerry ». Marc, qui ignorait tout des dessins animés, demanda à sa fille de quoi cela parlait. Elle lui expliqua que Tom était un méchant chat, et qu’il voulait manger Jerry, une souris très gentille. Au mot « souris », Marc devint pâle et se mit à crier :
- Comment pouvez vous regarder des choses aussi stupides !? N’avez-vous rien de mieux à faire ?
Il tourna brutalement les talons et disparut dans sa chambre.

Quand il réapparut une heure plus tard, Muriel lui demanda pour quelle raison il s’était mis à hurler contre les enfants. Penaud, Marc lui expliqua qu’il était très nerveux depuis la découverte du piège à souris. Elle partit à son tour prendre une douche, et Marc revint près de ses enfants, toujours recroquevillés sur le canapé et l’air un peu inquiet. Il leur demanda pardon pour son accès de colère. Parents et enfants se retrouvèrent ensuite autour de la table de la cuisine pour leur frugal déjeuner. Sandra expliqua à sa mère qu’elle n’aimait pas les sandwiches aux fromage, et qu’elle n’avait pas faim. Elle mangea seulement un yaourt. Après avoir fini de manger, ils s’apprêtèrent à partir pour le supermarché. Marc leur dit qu’il allait chercher son portefeuille qui était dans la chambre, et qu’ils pouvaient s’installer dans la voiture en l’attendant. Il monta les escaliers et crut de nouveau apercevoir une petite forme brune passer très rapidement devant lui. Il trébucha et se rattrapa de justesse à la rambarde de l’escalier. Il avança doucement. Il arriva dans sa chambre et prit son portefeuille d’une main tremblante. Il était prêt à redescendre quand il aperçut un petit trou dans le mur, au ras du sol. Son cœur battait la chamade. Il descendit aussitôt, ferma la porte d’entrée et s’engouffra sans un mot dans la voiture. Ils roulèrent vers la ville la plus proche, Aurillac. En route, sa femme put constater que Marc serrait les dents et que ses mains tremblaient sur le volant.
- Marc, veux-tu que je conduise ?
- Oui, je veux bien, s’il te plait…
Ils s’arrêtèrent, elle prit le volant, et ils continuèrent ainsi leur route.

Il n’y avait pas beaucoup de monde dans le supermarché pour un samedi, favorisant ainsi la rapidité des achats de la famille. Marc partit seul un moment, et prit trois sprays contre les souris. Sa femme le regarda avec étonnement lorsqu’il les déposa dans le caddie. Les deux enfants couraient à cet instant vers leurs parents. Ils voulaient acheter des peluches, mais Marc refusa brutalement, sans donner de raisons. Ils repartirent environ une heure après leur arrivée. Marc refusa à nouveau de conduire, et s’installa silencieusement sur le siège passager, bras croisés et mine renfrognée.

Dès qu’ils arrivèrent dans le jardin, Marc sortit de la voiture, se précipita vers le coffre, prit les trois sprays et se hâta vers la porte d’entrée de la maison. Il courut vers le trou qu’il avait aperçu plus tôt dans l’après-midi. Il vida le bon quart d’un des sprays au fond de la petite cavité et s’exclama pour lui-même :
- Tu vas moins faire la maline, maintenant !
Il redescendit pour aider sa femme à prendre les affaires dans le coffre de la voiture. Lorsqu’ils eurent terminé, elle lui demanda ce qu’ils pourraient faire maintenant. Les enfants étaient tentés de regarder la télévision. Marc répondit qu’ils visiteraient les environs le lendemain.
- Je vais aller voir ce fameux potager, au fond du jardin, dit Marc.
- Si seulement il était fameux…, soupira Muriel.
Marc partit donc au fond du jardin, et apprécia les grands massifs, assoupis par l’automne, mais qui deviendraient sûrement magnifiques au printemps. Il avança doucement dans l’herbe caressée par le vent, et arriva au « fameux » potager. Certes, il était petit, mais il y avait quand même des carottes, des pommes de terres, des radis, des poireaux et même une superbe citrouille ventrue. En approchant, il vit toutefois que la citrouille était comme entamée, comme si quelqu’un avait commencé à la grignoter. Il la contourna et crut apercevoir, s’enfuyant du cœur de la citrouille, une petite boule de fourrure noire. Il eut une crise d’angoisse immédiate. Quand il fut calmé, il approcha son pied pour essayer de l’écraser, mais la forme s’évanouit parmi les plantes. Il comprit aussitôt. Il y avait une souris, et elle avait mangé la citrouille. Il courut vers la maison, prit un spray, revint au potager et aspergea de produit tous les légumes et les plantes. Quand il revint à grands pas, sa femme lui demanda ce qu’il faisait. Il lui répondit :
- Il y a une souris, ici, et elle mange la citrouille du potager. Elle habite dans un trou, je l’ai vu !
- Tu délires Marc, les souris ne se nourrissent pas de citrouille, mais de fromage, et ne vont jamais dehors, surtout en automne, alors qu’elles peuvent très bien rester au chaud au fond de leur trou.
- Du fromage, tu as dit du fromage ? Cela veut dire que… Le sandwich de Sandra, où est-il ?
- Dans le salon, mais…
Il l’interrompit et se précipita vers le salon. Le sandwich était par terre, le fromage n’y était plus. Marc hurla. Sa femme accourut et lui dit que ce n’était qu’une souris, mais Marc ne l’écoutait plus, il était en fureur.
- Elle va voir cette souris, ce que je vais lui faire ! cria-t-il.
Muriel le supplia de se calmer, mais il la repoussa et monta les escaliers comme un chien enragé. Elle appela les enfants, les emmena dans la voiture, alluma la radio, et commença à pleurer.

Marc prit les trois sprays, il en attacha deux à sa ceinture et garda le troisième dans sa main. Il le vida aussitôt dans le trou de souris, le jeta à la poubelle, et vida la bonne moitié du deuxième au premier étage. Il retourna au rez-de-chaussée et fit la même chose avec la deuxième moitié. Enfin, il passa devant sa femme et ses enfants, réfugiés dans la voiture, pour se rendre au potager. C’est ici qu’il vida le troisième et dernier spray. Il retourna dans la maison, qui empestait maintenant partout le produit anti-souris. Il s’installa devant la télévision et l’alluma. Il changea de chaîne et tomba sur un documentaire sur la reproduction des souris. Il s’évanouit.

Pendant ce temps, dans la voiture, Sandra et Jules essayaient de réconforter leur mère, qui n’arrêtait pas de pleurer. Un quart d’heure plus tard, elle sembla se calmer. La petite fille lui demanda :
- Qu’est-ce qu’il a Papa ?
- Il… il devient fou, sanglota sa mère.
- Mais pourquoi ? Explique-nous s’il te plaît.
- Il est… musophobique. C’est une peur des souris. Mais sa phobie est spéciale. Il déteste tout ce qui est en rapport avec les souris, c’est pour cela qu’il vous a crié dessus lorsque vous regardiez la télévision.
- Est-ce que c’est grave ?
- Le connaissant, oui, quand votre père est énervé, il casse tout. La maison sera sûrement sens dessus-dessous.
C’était l’heure des informations à la radio, elle augmenta le volume. Quand ce fut fini, elle vit Marc sortir de la maison. Elle espérait qu’il serait calmé, mais il se dirigea, suite au réveil de son évanouissement, vers la remise. Il en ressortit avec une hache.

Il avait vu la souris. Tout du moins c’est ce qu’il pensait. Il s’approcha du mur où le trou était logé et donna de grands coups de hache.
- Sors de ta cachette, sale monstre ! hurla-t-il.
Il ne s’arrêtait plus de projeter la lame de la hache dans le mur. Il crut voir soudainement la souris descendre les escaliers. Essoufflé, il repartit vers le salon..
- Je sais où tu es… Crois-tu que je pense que les souris se sont pas intelligentes ? Tu te caches dans une armoire, je ne sais pas laquelle, mais je vais te trouver, je le jure !
Il détruisit ainsi deux armoires à coups de hache, mais en vain, il ne trouva pas de rongeur. Mais il ne pouvait plus s’arrêter de détruire, il était enragé. Tous les meubles furent méthodiquement brisés.

- Maman… dit la petite fille.
- Qu’y a-t-il, Sandra ?
- Je… je veux aller dire quelque chose à papa.
- Quelle chose ? demanda sa mère.
- Je ne veux le dire qu’à lui, car ça ne le concerne que lui !
- Je pense qu’il est calmé, depuis le temps. Vas-y mais fais attention. Je vais venir avec toi.
- Non, ne viens pas, je veux y aller seule ! S’il te plaît…
Sa mère la laissa partir vers la maison, seule...
La petite fille poussa la porte, et, effarée, vit le désastre. Tout était brisé.
Son père était assis dans un fauteuil, la hache à la main, le front plein de sueur.
- Papa ? Je dois te dire quelque chose…
Mais Marc ne répondait pas, il la regardait simplement dans les yeux.
- Tu me fais peur, mais je veux te le dire. En fait, ce midi je n’ai presque rien mangé, mais quand on est revenu des courses, j’avais une petite faim. J’ai vu le sandwich au fromage de maman, mais tout à l’heure Jules m’a donné un petit morceau de pain du sien et je n’ai pas aimé du tout…, donc je n’ai mangé que le fromage… Voilà, c’est tout, c’était pour te dire que ce n’est pas une souris qui l’a mangé.
Marc s’approcha d’elle. Il lui sourit :
- C’est donc toi la souris… Je t’ai enfin trouvée…

L’enterrement eut lieu le lundi 3 novembre. Toute la famille était présente, sauf Marc. Sur la tombe on pouvait lire un simple prénom et deux dates:
Sandra
27 janvier 1997
25 octobre 2003
Un homme s’approcha de Muriel.
- Bonjour Madame, toutes mes condoléances. Je suis chef de travaux, et comme vous le savez, nous avons dû détruire votre maison de campagne. Je suis navré, mais il n’y avait aucune souris dans cette maison, nous avons fouillé de fond en comble.
- Je sais, mon mari était fou.
- Je suis désolé. Quel âge avait votre mari ?
- Vingt huit ans. Pourquoi cette question ?
- Pour rien, pour rien …
Il s’en alla, laissant Muriel en compagnie de Jules.

C’est un dimanche de printemps. Mais le parfum des fleurs et le chant des oiseaux ne pénètrent guère l’obscure cellule 24B de l’hôpital psychiatrique régional. Nul ne voit, sur le lit de fer, l’homme allongé, ses quatre membres attachés par des lanières de cuir, ses yeux exorbités, ses traits déformés par la terreur. Nul ne sent, nul n’entend, sur son ventre agité de spasmes et de convulsions, le menu trottinement de petites pattes, allant et venant, sans repos.

(Euh l'auteur c'est moi... Et ça date :D)

Posté par edounet à 22:08 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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